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Décès du Père René-Marie GUILON




René Marie Guilon ordonné prêtre le 8 Décembre
Un long parcours
 
A l’église du Sacré Cœur à Pointe à Pitre
 
Témoigner de mon cheminement vocationnel est une immense joie pour moi, car je l’ai reçu du ciel.
Né à Pointe-à-Pitre, en octobre 1966, d’une famille modeste, je suis baptisé en la paroisse du Sacré-Cœur. Dans cette église, j’ai reçu l’ensemble de mes sacrements, "la première communion pour l’Ascension",  "la confirmation, à la Pentecôte"…  Ces différentes étapes de ma formation chrétienne, m’ont permis de ressentir la forte présence de Dieu en moi. Je comprends maintenant pourquoi  très tôt, à cinq ans, je désirais ardemment devenir prêtre. 
 
Dès mon plus jeune âge, le Christ s’est manifesté au cœur de ma vie et a occupé une  large place en moi. Ainsi,  je n’ai pas peur de  dire avec le psalmist : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais, tu sais quand je m’assoie, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées.» (Ps 139).
 

 
Servant d’autel
 
Aussi, dès mon enfance, je me suis enraciné dans la foi chrétienne et dans l’Eglise. Dans la paroisse du Sacré-Cœur, je me suis engagé dans la pastorale des servants d’autel, période à laquelle le père Cabo était curé de la paroisse. Jacques Hivon, « frère » à l’époque avait la responsabilité de nous former dans le service de l’autel. Cela a éveillé en moi le goût du Sacré, et accroissait davantage mon désir de devenir prêtre. Je me rappelle  que je m’étais engagé avec une telle conscience dans le service des servants d’autel, que quand la période de Pâques arrivait, je passais pratiquement toutes mes journées à l’église afin de nettoyer les objets sacrés, avec la défunte Sœur Anne-Marie. Elle était une maman pour moi. Avec elle, j’apprenais beaucoup,  sur la vie de tous les jours mais aussi et surtout  sur la foi chrétienne,  la figure du prêtre et  la notion du service gratuit. Ce qui m’émerveillait en elle, c’était surtout sa grandeur d’esprit, sa capacité d’enseigner et ce calme qui émanait de sa personne. Je souhaite mentionner aussi les sœurs  Françoise, Catherine, Marthe, Véronique, Joseph-Marie et Michaëlle qui ont joué un rôle  très important dans ma vie,  ainsi que le père Oscar Lacroix.
 
Puis, j’ai commencé mon parcours scolaire et universitaire en Guadeloupe et en métropole. Jeune ayant l’amour du dessin, particulièrement de l’architecture, j’avais choisi cette orientation qui me permettait de poursuivre dans cette voie. En fin de parcours, j’endossais la fonction de Dessinateur-Métreur en bâtiment et  j’ai travaillé  dans un cabinet d’architecture.
 


Continuité dans la pratique
 
Souvent lorsqu’un jeune est engagé dans ses études, sa foi peut s’attiédir et faire l’objet d’une sècheresse spirituelle. Je rends grâce à Dieu, car jamais durant ce temps de  formation, je n’ai connu cela. Au contraire, ma foi grandissait de jour en jour. Je n’ai point délaissé la messe du dimanche et la prière. Demeurant à Saint Cyr l’école, chez l’une de mes tantes,  je me rendais à la messe. Je m’étais inséré dans les équipes : lectures, chorale,  catéchèse et servants d’autel sur la paroisse. Le curé de la paroisse,  le père Pierre Augustin, homme  de cœur, me portait une  grande attention et considération. Il était mon directeur spirituel et voyait en moi la présence d’une vocation sacerdotale.
 
Sans être religieux ou moine, ce père menait une vie totalement basée sur les règles de la vie religieuse. Lors de nos échanges,  il me faisait comprendre que la clé de voûte pour avancer vers le sacerdoce, est celle de l’abandon au Seigneur, tourné vers la croix, les yeux fixés sur le Christ, recevant de lui ce qui est nécessaire pour marcher à sa suite. J’ai participé avec lui à  des formations, et  à des séminaires sur la prière, l’oraison, la Lectio Divina, la méditation et la place de la Vierge Marie dans la vie du chrétien et du prêtre. Avec lui, j’ai également participé à de nombreux pèlerinages  en France ou à l’étranger. Ainsi,  il m’a conduit  vers la vie religieuse, parce que la règle des bénédictins occupait une place importante dans sa vie. L’adage « Ora et Labora » « Prie et Travaille » reflétait parfaitement  sa personnalité.

 

A la recherche d’une communauté

Bien qu’il  m’ait accompagné, à aucun moment il m’a poussé à entrer au séminaire,  respectant ma liberté. Pendant ma formation, il m’avait donné  à lire le livre des Actes des Apôtres et l’Epître aux Galates.  J’ai retenu ces deux phrases qui  ont donné une nouvelle dimension à mon parcours : « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun. » (Ac 2, 44-45), et aussi  « Il m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Ces deux phrases ne m’ont plus quitter et ont  éclairairé toute ma vie et toutes mes démarches. Grâce à celles-ci, j’ai compris  ce vers quoi, le Seigneur m’orientait. Je m’investissais  à rencontrer des nouvelles communautés religieuses.  J’ai donc pris la décision de tout arrêter :  le travail et  les études, afin de me consacrer à trouver la communauté qui me permettrait de répondre à l’appel de Dieu .  Par l’intermédiaire du père Dominique Rey, alors curé de la paroisse de la Sainte Trinité à Paris, je suis entré dans une communauté  de l’Emmanuel, pour une expérience de vie en maisonnée. Puis après cinq mois, je me suis tourné vers la communauté des Béatitudes pour des retraites.
 
N’étant pas satisfait de l’approche de ces deux communautés, je regagnais Paris.  Chemin faisant, me voici conduit à Lourdes, pour vivre une retraite silencieuse, animée par un dominicain. Le thème de la retraite était : « Tout donné à Dieu ». Pendant cette retraite, dans ma prière, j’ai dit : « Seigneur, je fais cette retraite et si je trouve dans le prédicateur un trait qui me rejoint, alors je m’engagerais  dans sa congrégation. » L’ayant analysé, je me suis arrêté sur la dimension de la joie qui émanait de lui, sans cesse il nous disait son bonheur d’être dominicain, sa joie d’être en communauté pour servir le Seigneur et ses frères. En entendant cela, ma quête fut comblée, car j’avais pensé avoir trouvé le lieu pour vivre ma vocation.

Chez les Dominicains
 
 Un autre point essentiel sur lequel j’ai porté mon attention était celui de la simplicité du langage, de la qualité de son enseignement et de sa pédagogie  dans sa prédication. Son parcours universitaire l’avait conduit à une licence en droit, deux maitrises et deux  doctorats.  Impressionné par ce dominicain, je prends donc  la décision d’entrer dans l’Ordre des Prêcheurs.
 
Dès mon arrivée à la communauté, j’ai été accompagné comme aspirant pendant trois mois. Puis, je suis entré au postulat de l’Ordre pour une durée de six mois. Le postulat achevé,  j’entre pour un an au noviciat des Dominicains à Strasbourg. J’ai ensuite poursuivi mon cheminement au couvent de Lille pendant deux ans, en effectuant des déplacements en Suisse pour un complément de formation. Après un temps de réflexion et de prière,  j’ai pris la décision de quitter l’ordre des Frères Prêcheurs, tout en gardant des relations amicales avec la Province.
 
En revenant de la communauté des Dominicains, je me suis inscrit auprès d’une association pour un pèlerinage à Lourdes. Il y avait 12 cars de pèlerins. Sans me connaître, la responsable du pèlerinage me confia la responsabilité de conduire spirituellement un des douze cars. Je n’étais nullement venu pour cela, parce que je faisais ce pèlerinage dans le but de confier à « ma maman du ciel » ma vie en lui demandant de m’accompagner sur mon chemin.


Lourdes….à nouveau !
 
A Lourdes, l’heure du Chemin de Croix s’annonce. Me voici donc embarqué pour la méditation du chemin de croix avec plus de 900 pèlerins. Vous imaginez la peur et l’angoisse qui m’étreignaient de voir tous ces yeux rivés sur moi, ces oreilles tendues pour saisir la moindre parole qui sortait de ma bouche. Une question m’habitait tout au long de ce Chemin de Croix, à savoir : « Seigneur qui suis-je pour avoir cette responsabilité de conduire ton peuple ?»  A chaque station, je demandais l’aide du Seigneur, afin d’être inspiré pour la méditation. Ce Chemin de Croix fut si fort, si beau et si poignant que des pèlerins pleuraient, beaucoup allèrent à la confession, et d’autres méditaient la parole de Dieu.
 
Le Chemin de Croix terminé,  la responsable du pèlerinage vient me voir et me pose la question suivante : « Dites-moi, vous n’avez pas une âme de prêtre ? » Je demeurais en silence. Insatisfait par mon silence, elle me lança avec une forceincroyable cette phrase: « Vous gardez le silence, je vous le dis cette grâce reçue de Dieu, n’est pas seulement pour vous. A notre retour sur Paris je vous ferais rencontrer un prêtre. »
 
Chez les Missionnaires de Saint Quentin
 
A Paris, je suis accueilli par ce prêtre polonais.  Sachant que je venais de terminer une expérience avec les dominicains, je ne voulais pas aussitôt m’engager dans une nouvelle vie religieuse. Dans mon for intérieur,  je ressentais un désir aussi brulant que le feu qui me poussa à m’intéresser à cette congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur. Le lendemain, nous nous sommes rencontrés et échangé  longuement sur la spiritualité du fondateur le Père Dehon. Tout au long de cette discussion je n’avais qu’une seule pensée dans le cœur, lui demander les constitutions de la Congrégation. Il s’empressa de me les donner, je lui ai dit, que « je ne pourrais m’engager avec vous, que si je trouve à l’intérieur de vos constitutions une phrase ou un mot qui me donne le sens profond de votre existence. »
 
Quelle fut ma grande surprise en ouvrant les constitutions, cette phrase du livre des Galates (Ga 2,20), que j’avais auparavant médité avec le père Augustin, lors de ma formation.  Je l’ai retrouvé comme étant la clé principale de toute la vie du père Dehon. Pour lui, son institution tient son origine, je cite : « Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. »  C’est sur cette phrase que je me suis engagé avec la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Saint Quentin. Le postulat et le noviciat étant effectués,  je fis mes premiers vœux temporaires qui me conduisirent au bout de trois ans à prononcer mes vœux perpétuels le 8 septembre 2000. Envoyé par la Congrégation  au Centre Sèvres des Jésuites,  j’ai suivi ma formation de Philosophie, de théologie, et de sciences religieuses. Le 13 septembre 2003 j’ai été appelé par la Congrégation à m’avancer pour recevoir l’ordination diaconale. Suite à l’ordination, à la demande du provincial et de son conseil, j’ai intégré l’institut Supérieur de Liturgie, de la Catho de Paris pour une formation en liturgie. Au sein de la Congrégation, j’ai connu plusieurs lieux  : les malades, la prison, les personnes en  difficulté, la catéchèse, les jeunes au lycée,  l’aumônerie des Antillais…
 
Et maintenant en Guadeloupe, mon pays natal !
 
En conclusion, je reconnais que ces dix années  vers le sacerdoce  furent une mine d’or. Je rends grâce à Dieu pour ce long  temps de formation.  Je suis heureux  d’être ordonné prêtre  pour être au service de Dieu et de mes frères. Je  remercie Mgr Jean-Yves Riocreux, que je connais depuis plus de 18 ans, puisque ma Congrégation était domiciliée sur le secteur de la paroisse de Saint Ferdinand des Ternes, dont il était le curé.  Par ailleurs, je le remercie de m’avoir reçu et incardiné dans le diocèse et de m’appeler pour recevoir l’ordination presbytérale. Je remercie  ma Congrégation pour tout ce qu’elle m’a donné, ainsi que tous ceux et celles qui m’ont soutenu sur ce chemin qui priaient pour que se réalise la volonté de Dieu sur moi. Oui, maintenant Père, glorifie ton fils et que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

 

Questions liturgiques